Le jeu de rôle, Shakespeare & moi.

Il y a actuellement une campagne médiatique sur le Net qui collecte les témoignages des rôlistes, histoire de montrer aux quidams que ce sont de « vraies » personnes et pas des doux dingues comme Mireille Dumas & consorts aiment à le répéter de temps en temps.

Or donc, voilà comment je suis tombé dedans.

C’était juste avant le début des vacances de Pâques de l’année 1983. J’avais 16 ans, et les vacances s’annonçaient très « classiques » : Du foot ou de la piscine pour les sorties, des bouquins à lire (J’étais en plein dans la saga John Carter à l’époque) ou alors des wargames fantastiques ou de science-fiction de la gamme International Games comme « Zargo’s Lords », « Idro » ou bien « Millenium » avec des amis. Justement, le dernier jour de lycée, l’un d’eux me demande si je suis tenter par un jeu vraiment sympa qu’un de ses potes à ramené des États-Unis. Pourquoi pas, après tout. Et me voilà donc le lundi en milieu de matinée en train de pédaler pour aller les rejoindre dans la maison de l’un d’eux.

On se présente, on m’installe sur une chaise et celui que les autres appelent le « Maître de jeu » me tend une feuille de papier couverte de chiffres et d’indications… en anglais ! Mes notes concernant la langue de Shakespeare au lycée sont au mieux passables, et j’ai bien peur de ne rien comprendre à tous ce qui est marqué sur la feuille. « C’est pas grave », me dit mon ami, « L’important, c’est les chiffres. Et les chiffres, ils sont pareils en français et en anglais. Tu vas voir… »

Le maître de jeu me dit juste que mon personnage est un demi-orc guerrier-assassin. Grosso-modo, c’est une brute patibulaire au physique bestial et peu avenant qui s’y connaît pour dessouder du cave. Il ajoute juste que j’ai 3 doses de poison à mettre sur une lame pour liquider plus rapidement un adversaire dès que je réussis à l’entailler au sang. Me voici donc intégré au groupe qui mène une quête (dont j’ai oublié la nature depuis) et qui doit se rendre à un monastère pour y découvrir des indices. Les moines ne s’en laissent pas conter et n’acceptent de nous livrer leur secret que si nous parvenons à résoudre une énigme. Pour corser le tout, ils viennent nous voir toutes les dix minutes pour savoir si nous avons la réponse à l’énigme qu’ils nous ont posé. Dans le cas contraire, nous devions désigner l’un des nôtres qui devait affronter leur champion dans un combat à mort. Si nous perdions, plus de secrets dévoilés !

Je suis rapidement entré dans le jeu, pris par l’ambiance et la pression que nous mettait le maître de jeu. Je découvrais d’un coup l’univers de l’Heroïc Fantasy, moi qui ne connaissait que la science-fiction. Mais surtout, je découvrais un univers de jeu inconnu jusque là, la possibilité de vibrer non plus en lisant une histoire, mais en participant à l’histoire et en interagissant avec les protagonistes de celle-ci. Lorsque benoîtement, j’ai proposé au paladin du groupe une dague empoisonnée par mes soins pour mettre toutes les chances de son coté et qu’il me l’a rendue en l’ayant consciencieusement essuyée sur sa manche en disant « Je ne mange pas de ce pain là ! », j’ai su que ce jeu était fait pour moi.

La partie a durée trois jours, et inutile de vous dire qu’au second, je pédalais comme un dératé pour être sans retard à la maison de mon ami. Bien entendu, j’ai voulu en savoir plus sur le jeu, et les livres qu’on m’a prêtés à l’époque étaient tous en anglais. Il faut croire que j’étais motivé car je me suis forcé à les lire, phrase par phrase, pour comprendre ce jeu et ses règles. Quasiment du jour au lendemain, mes notes en anglais se sont redressées de façon spectaculaire et j’ai terminé l’année sur un exposé en anglais pour présenter le jeu en question à mes petits camarades de classe.

Ensuite, ce fût des rencontres avec des personnes qui ont compté et qui comptent encore dans ma vie. Les années de lycée et d’étudiant ont été fastes, même celles de mon service militaire où j’ai pu trouver des compagnons de jeu. Cette activité ludique s’est drastiquement réduite lors de mon entrée dans la vie active mais, quelques années plus tard, j’ai éprouvé le besoin de m’y remettre et de la faire découvrir à mon fiston. Il a joué de 11 à 16 ans, puis s’en est désintéressé ensuite. Aujourd’hui, j’ai 45 ans. Je suis marié, avec deux (grands) enfants et deux chats. Je suis informaticien, je suis travailleur frontalier et je continue à faire du jeu de rôle de temps en temps. Mais vous voulez savoir ma plus grande fierté ? Le jour où Gabriel, à 19 ans, m’a dit lorsqu’on évoquait ensemble ses futurs enfants : «Et puis il faudra que tu leur fasse jouer des parties de jeux de rôle, parce que c’est important pour eux qu’ils connaissent cela… »

Attention, peinture fraîche !

Au revoir la vieille page HTML de la fin des années 90 et bonjour WordPress. Je commence par le site général avec ses pages concernant les divers jeux de rôles créés ainsi que les (quelques) productions littéraires réalisées et j’attaque ensuite le site de Cats! et (éventuellement) celui de D-Day. Mais qu’est-ce donc que D-Day me direz-vous ? Patience, patience… Je vous le dévoilerai bientôt.